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1er septembre 1944: les premiers Américains arrivent en reconnaissance...
Plus de deux mois avant la Libération proprement dite de Thionville, un détachement d'une trentaine de soldats américains, venu de Verdun, a effectué une mission de reconnaissance jusque sur le pont des Alliés, où le sergent Baker a été tué. C'était il y a soixante ans.
S'il a fallu attendre la nuit du 10 au 11 novembre 1944 pour voir les troupes américaines remporter la bataille de Thionville et franchir la Moselle pour libérer le secteur de Yutz et toute la rive droite, c'est le 1er septembre que les premiers Américains sont arrivés dans le secteur de Guentrange. Le même jour, ils ont même effectué une mission de reconnaissance jusque sur le pont des Alliés. Mission qui a coûté la vie au sergent Baker.
Ce détachement d'une trentaine d'hommes appartenait au 3e Cavalry Reconnaissance Squadrons, qui accomplissait des raids de reconnaissance en pointe de la 3e Armée US.
Le matin du 31 août 1944, le 1st Platoon, Troop "B", 3rd Cavalry Reconnaissance Squadron, sous le commandement du lieutenant James D. Jackson, reçoit l'ordre de mission de reconnaissance du passage de la Moselle à Thionville. Trente hommes dans neuf véhicules (six Jeeps et trois automitrailleuses) quittent alors leur bivouac à Béthenville, à l'ouest de Verdun, en direction de Thionville.
Le 1er septembre au matin, après avoir passé la nuit dans une ferme, le peloton se remet en route traversant Bras, Bacherauville, Mangiennes, Spincourt, Piennes, Landres, Audun, Fontoy, Knutange. Tout le long du parcours, la population civile apporte aux hommes du peloton de précieux renseignements sur les positions allemandes. A Hayange, deux jeunes Français proposent de leur servir de guides. L'un d'eux se présente sous son nom de résistant, Gabriel. Il saute dans l'automitrailleuse de pointe et s'installe à la tourelle. L'autre Français grimpe également dans un véhicule. Les deux jeunes gens restent avec les Américains jusqu'à la fin de la mission, les reconduisant alors à la sortie de Thionville.
Gabriel
Guidés par Gabriel, les troopers entrent dans Thionville à 16 h et traversent la ville alors qu'un bombardement fait rage. Deux automitrailleuses sont en tête, celles du lieutenant Jackson et du sergent Baker, roulant côte à côte. Elles sont suivies par les six Jeeps, tandis que la troisième automitrailleuse ferme la marche. De violents échanges avec l'ennemi ont lieu pendant la traversée de la ville. Puis le groupe de reconnaissance arrive à un pont qui enjambait la Moselle (le pont des Alliés actuel). De la rive opposée, les Allemands se mettent à tirer. Le lieutenant Jackson donne l'ordre à ses hommes de descendre des véhicules et de prendre position à l'arrière de ces derniers. Le combat dure environ une heure. Les Américains déplorent six blessés et un tué, le sergent Baker. Le lieutenant Jackson est grièvement blessé alors qu'il traverse le pont pour couper les câbles menant aux charges explosives qui devaient le faire sauter. Trois heures se sont écoulées depuis l'entrée du peloton dans Thionville jusqu'à la fin du combat sur le pont.
Les deux Français qui avaient refusé de quitter les Américains au début du combat, aident à soigner les blessés et ne les laissent qu'après les avoir guidés jusqu'à la sortie de Thionville. Les Américains n'ont jamais su leur vrai nom...
Fusillé à Metz
Dans le livre de Sylvain Chimello, à la lettre "W" de l'historique des rues de Thionville, il est fait mention, lorsqu'il est question de la rue Robert-Wax de la "pénétration d'une avant-garde américaine" dans Thionville et de l'arrestation, le lendemain, des deux courageux jeunes gens, Robert Wax (Gabriel) et Albert Ordener, qui avaient guidé les Américains dans Thionville. Le 3 septembre, Robert Wax était fusillé à Metz. Le sujet de cette mission n'est guère mentionné, mais son intérêt reste très fort car plusieurs des trente hommes qui y ont participé, sont toujours en vie. Le lieutenant Jackson, lui, est décédé en juillet 2001.
L'action du 3e de Cavalerie a évité la destruction du pont principal qui enjambait la Moselle à Thionville, tête de pont au nord de Metz. Elle méritait qu'on s'y arrête et ce fait d'armes sera rappelé lors des commémorations de la Libération de Thionville, le 11 novembre prochain avec l'inauguration d'une stèle à l'endroit même des combats, face à la mairie. |